06/02/2013

Génétique de l'absurde

"On a dit que les Grecs n'avaient pas approfondis la mort. Mais qu'il y a-t-il à approfondir dans la mort, puisque nous n'en pouvons rien connaître ? Elle ne peut inspirer que de malsaines rêveries.

Hésiode : « tu ne laisseras pas s'asseoir sur la pierre des tombeaux un enfant de douze ans. Tu n'en ferais qu'un homme sans vigueur. »

 

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Memento quia pulvis es. C'est tout juste le contraire. Une fois arrêtée notre attitude devant la mort, la seule conduite raisonnable est celle de n'y songer jamais. Ce sont les hommes qui ne sont pas capables de réfléchir sur la vie, qui réfléchissent sur la mort. Comme il n'y a pas en elle matière à réflexion, ils sont là à leur aise. Ce qui caractérise toutes les « pensées sur la mort », c'est qu'il n'y a jamais, dedans, de pensée."


Henry de Montherlant - Mors et vita

01/01/2013

Le sablier

Ecoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres.
J’ai vu l’ombre infinie où se perdent les nombres,
J’ai vu les visions que les réprouvés font,
Les engloutissements de l’abîme sans fond ;
J’ai vu le ciel, l’éther, le chaos et l’espace.
Vivants ! puisque j’en viens, je sais ce qui s’y passe ;
Je vous affirme à tous, écoutez bien ma voix,
J’affirme même à ceux qui vivent dans les bois,
Que le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes,
Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites.
C’est bien. Continuez, grands, petits, jeunes, vieux !
Que l’avare soit tout à l’or, que l’envieux
Rampe et morde en rampant, que le glouton dévore,
Que celui qui faisait le mal, le fasse encore !
Que celui qui fut lâche et vil, le soit toujours !
Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours,
J’ai dit à Dieu : Seigneur, jugez où nous en sommes.
Considérez la terre et regardez les hommes.
Ils brisent tous les nœuds qui devaient les unir.
Et Dieu m’a répondu : Certes, je vais venir !

 

Victor Hugo - Les Contemplations

25/12/2012

Le sapin

Pour casser la « magie » de la fête anti-chrétienne de Noël, nul besoin d'une grande théorisation de la société de consommation ou d'un rappel historique quant au paganisme forniquant avec l'église catholique romaine. Il suffit d'en constater les expressions les plus viles ou les plus tristes.

La tradition obligatoire du présent, devenue un enjeu sociologique et un marronnier à débats, oppose à ce qui est censé être la nativité, dans toute sa dimension ascétique, une manifestation de catégorisation sociale. Que le cadeau soit souhaité ou pas, qu'il soit coûteux ou offert par une bourse chiche, qu'il soit désacralisé ou sanctifié, c'est la perception moderne du cadeau qui porte à polémique... pas le fait qu'il soit l'élément indivisible d'une grande foire aux intentions, véritable parvis de païens, comme le fut l'esplanade du Temple.

Dans les foyers, très peu de traces de recueillement pour beaucoup de plénitude ventrue. Ce qu'on nomme « esprit de Noël » sent la menthe et le romarin, l'anis et la chicorée, autant d'auxiliaires digestifs qui supplantent les saints des Écritures.

Lorsque vous vous décidez à prendre à bras le corps la veillée de la nativité, la simple fréquentation d'un petit hypermarché de province suffit, pourtant, à annihiler la distanciation entre l'individu rétif et la société unanime. Ce sont les vieux, hésitants, frôlant les rayonnages comme un grand brûlé souffre de ses propres habits, et qui hantent la tristesse latente des « périodes de fêtes ». Ce sont les quinquagénaires nouvellement célibataires, visage marqué par la vie et le salariat ouvrier qui, dans une politesse gênée, dégagent la beauté du loser sublime. Tout sent la soirée de solitude et l'extra arraché à l'ordinaire agroalimentaire, bûchette dégustée ou engloutie. C'est la France qui a le cafard, la France dont les petits malins ricanent dans leurs commentaires confits à la fausse érudition; ce strapontin pour nains misanthropes et hémiplégiques. C'est la France de la besogne et de l'oubli, du fatalisme et de l'amertume bue par petites gorgées insuffisantes à faire mourir. C'est la France anonymement anonyme.

Oui, les « fêtes », comme marqueur infamant mais salutaire parce-qu'aisément visible. Fêtes chassées par une religion laïque ingrate envers un paganisme auquel elle enprunta beaucoup : on a les rejetons qu'on mérite.