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05/01/2016

Les meilleurs vieux.

Comment débute cette année ? De la même manière qu'elle s'est achevée.

Les français ont fêté dans la discrétion ou l'exubérance les derniers instants de l'an où ils étaient plus jeunes pour entrer dans les premières lueurs desquelles ils sortiront plus âgés. Si ripaille et famille n'étaient de mise, on n'aurait grand chose à célébrer. C'est la fête qui est devenue la vivandière de la bonne bouffe et des dyades à durée déterminée qui barbotent de l'ancienne à la nouvelle belle famille. Que fêter en terre aride d'espérance ? On ne va pas se mentir, comme bouffonnent les experts invités des médias. L'avenir est autant la projection confuse des craintes soumises à la statistique sociale et biologique que la prévisibilité des malheurs, inévitables, de la finitude que sont la maladie et la mort. L'optimisme n'y échappe pas, puisqu'il n'est que la promesse d'une nostalgie à venir. Le cynisme, lui, s'emploie tant qu'il est le privilège des biens-portants. Cul de sac, cul en l'air, cul de bouteille ; ne reste que ça. Mômes, jeunes, mûrs, coulants, qui donc pour être autre que ce la société exige des hommes libres : les ramener à son niveau d'enfer personnel et avoir droit à leur sourire chiffonné, marque de reconnaissance pour les avoir sorti de ce qu'elle pense être le marasme.

En l'année nouvelle, le peuple de France conservera ses coquetteries cocardières. Deux siècles de rationalisme instrumental vaudront bien que les politiciens et les journalistes avancent du preuve à l'appui, pour qu'il soit nécessaire de voter pour untel jeune vieux ou vieux jeune, de se mobiliser pour ou contre quelques choses et d'abonder en des sens qui n'en ont un que pour les convertis d'avance, les «je ne demande qu'à être convaincu ». Deux siècles de matérialisme intégral, demanderont encore un peu plus de fétichisme pompeux. S'ébahir sur le nouveau bien-être offert par la nouvelle invention, avant le « nouveau paradigme » qu'attendent les plus si nouveaux commis de la vieille révolution industrielle : voilà l'occupation de l'homme tenu loin de la terre. On a beau s'extasier, depuis peu, par effet de mode, au vitrail des églises, détourne-toi, lecteur, des fétiches. La foi n'a pas besoin de la matière du devin, de l'artiste ou du théologien pour vivre. Eux, ne défendent que leur statut de pygmalion des âmes. La liturgie, même la plus sincère, face aux prémices de la mort est aussi utile que demander à un jongleur l'ouverture d'une porte cochère.

En l'année nouvelle, il restera quelques poètes que l'on regrettera autant qu'on avait rien d'eux. Lorsque les carriéristes de l'existence pleurent, méfie-toi, lecteur, des larmes du cœur pantouflard ; il n'y a plus dangereux, pleutre et tordu qu'un soiffard du bonheur. Tous les malheurs du monde viennent de ceux qui ne se contentent pas de la fatalité de l'amour et de la mort, les avisés de tout. Crois-moi, dans la vilaine soupe au désenchantement que servent les scribes malins, être l'anthropologue de sa condition ne mène qu'au sarcasme doloriste. Pourquoi penses-tu que la pratique de l'auto-dérision est passée des rockeurs au cadre moyen ? La « mal-pensance » n'est pas dire tout haut ce que tu dis tout bas mais te chuchoter ce que tu n'oses penser. Aucun réprouvé ne signe chez Gallimard, aucun réprouvé ne fait les journaux du soir.

En l'année nouvelle, il y aura encore plus d'oiseaux de mauvaise augure qu'on écoutera, bienveillant, comme on s'écarquille au son des fables morales de l'enfance. La chute donne le vertige et tant que Babel n'est pas détruite, il n'y aurait aucune raison pour perdre l'équilibre, chante le monde accoudé aux balustres. La fiente cimente autant les murs que les idées et les civilisations sont du béton des carrières romaines. Nostalgiques des saloperies moribondes d'antan ou prophètes des saloperies prometteuses de demain, on fera les oraisons de l'adversaire passéiste et le magnificat des prérogatives du progrès.

L'occident vaut bien une messe noire.

11/01/2015

Chers djihadistes par Philippe Muray

Chers djihadistes,


Toutes ces réflexions aussi brèves que superficielles n’avaient pour but que de vous faire savoir où vous mettez les pieds. Et, une fois encore, de vous avertir que nous vaincrons parce que nous sommes les plus faibles.

Craignez la fureur des moutons ! Craignez la colère des brebis enragées ! […]

Craignez le courroux de l’homme en bermuda ! Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis ? Et bien nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement. […]

Nous nous battrons pour tout, pour les mots qui n’ont plus de sens et pour la vie qui va avec.
Nous nous battrons pour l’ordre mondial caritatif et les endroits où ça bouge bien. Nous nous battrons pour la vie jeune et les arts alternatifs.
Nous lutterons pour nos tour-opérateurs, pour nos compagnies aériennes, pour nos chaînes hôtelières, pour nos prestataires de service, pour nos pages Web et pour nos forfaits à prix coûtant.
Nous lutterons pour le réchauffement de la Terre, pour la montée du niveau des mers, pour le réduction des émissions de gaz carbonique, pour toutes les catastrophes et pour tous les moyens de limiter l’impact de celles ci.
Nous nous battrons pour un millenium de n’importe quoi, pour les bateaux qui volent, pour la pilule d’éternité, pour les savants fous qui veulent cloner tout le monde et pour une opposition résolue à leurs sombres desseins. […]
Nous nous battrons jusqu’au dernier pour bouger, changer, faire des projets.
Nous nous battrons pour nos bébés prescripteurs et pour leur libre accès aux services culturels. […]
Nous nous battrons pour recommencer à nous déplacer sur nos roulettes, sans arrière-pensées et sans pensées devant non plus. […]
Nous nous battrons sans fin parce que la fin est advenue depuis longtemps et que nous n’en gardons même pas la mémoire. […]
Nous nous battrons dans le sens du poil et dans le sens du vent.
Nous nous battrons pour la disparition du langage articulé.
Nous nous battrons.


Et nous vaincrons. Bien évidemment. Parce-que nous sommes les plus morts.

06/02/2013

Génétique de l'absurde

"On a dit que les Grecs n'avaient pas approfondis la mort. Mais qu'il y a-t-il à approfondir dans la mort, puisque nous n'en pouvons rien connaître ? Elle ne peut inspirer que de malsaines rêveries.

Hésiode : « tu ne laisseras pas s'asseoir sur la pierre des tombeaux un enfant de douze ans. Tu n'en ferais qu'un homme sans vigueur. »

 

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Memento quia pulvis es. C'est tout juste le contraire. Une fois arrêtée notre attitude devant la mort, la seule conduite raisonnable est celle de n'y songer jamais. Ce sont les hommes qui ne sont pas capables de réfléchir sur la vie, qui réfléchissent sur la mort. Comme il n'y a pas en elle matière à réflexion, ils sont là à leur aise. Ce qui caractérise toutes les « pensées sur la mort », c'est qu'il n'y a jamais, dedans, de pensée."


Henry de Montherlant - Mors et vita