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18.06.2008

Droit de réponse

Dans la chasse actuelle au Musulman, un sophisme revient sans cesse, en parfaite continuité inepte : l'Islam serait un avatar moyennageux face auquel l'humanité (comprendre par cela les Etats-Unis, Israël, et la France) se devait d'être mobilisée. Pour peu que je m'en sois entretenu avec un inconnu qui possédait l'ubicuité d'être Démocrate Zemmourien (ce qui est cohérent après tout), il me fallut lui répondre.

Car d’un œil d’historien, le Moyen-Age est tout sauf le réceptacle des arriérations couramment discourues par les Modernes car tout comme l’Antiquité, il apporta son lot d’influences sociétales se complétant ainsi à cette dernière (qui est notre empreinte sociale et ce particulièrement en terme de mœurs). Le Moyen-Age se retrouve dans nombres de comportements contemporains et fondateurs de nos sociétés. De tout temps, on a songé à la planification de l’acte présent puis à ses répercussions futures. Si un modèle prévisionnel s’attache à prévoir les effets à quelques décennies, nos ancêtres s’attachaient à l’appréhender à l’échelle de siècle. Des édifices religieux s’érigeant en parfois 400 ans, leur ordonnateur sachant que ni ses fils, ni ses petits-fils n’en verraient l’achèvement.

De tout temps encore, l’homme s’évertua à concilier rationalisme et morale, science et religieux. Aujourd’hui comme hier l’enjeu n’a toujours pas disparu. Le concept Post-Moderne tranche radicalement avec cet impératif de morale qui, pour combler toutes les sensibilités, se muerait en éthique. Si vient, l’impératif de donner corps à la formalisation légale du statut d’humain (je pense notamment aux impacts de la génétique), naitra l’improbable inspiration d’une sagesse ancienne pour se considérer soi-même. Les malheurs de l’homme ne viennent-ils pas déjà de ce qu’il ne sait d’où il vient, agnostique ou athée. La religiosité n’est pas en reste. L’idée de salut présente dans les société Moyennageuses subsiste sous forme d’avatar dans l’insatiable quête de vérité de tout un chacun. La spiritualité marquait ce chemin initiatique avec comme issue la Rédemption. Elle est désormais remplacée par la connaissance de la mécanique du Tout, notre ère agissant de la même sorte mais sous influence ultra- rationaliste.

Ni plus, ni moins. L’homme se rêve lui-même en Dieu, par le prisme du Trans-Humanisme ou de la projection d’une civilisation terrestre (biotope compris) dans d’autres univers. Dans ce futur dont il se verrait le Père (au sens du Créateur), l’Humain se libère de la solitude glacée de son statut de mortel. A cette époque, c’était l’identique et tout aussi intense préoccupation mais sous la forme du Salut. En parlant de religiosité, s’il y’a pu poindre dernièrement un concept foireux, c’est celui de « Croisés » s’opposant à une autre escroquerie tout aussi drolatique, celui « d’axe du mal » et l’empressement de nombres d’Occidentaux, pourtant athées, de souscrire à ces foutaises ineptes. Pour les premiers qui se font des zélots du Prophète, c’est faire preuve d’une curieuse ignorance. Pour les seconds, la marque d’une inculture inquiétante. Si l'on se tient à cette période, que l’on qualifie couramment de discorde entre Chrétienté (l’Occident d’un point de vue actuel) et l’Islam, on s’aperçoit que nos ancêtres ne voulaient nullement l’éradication de l’autre. Même à l’appogée des Croisades, il n’y’a pas d’affrontement massif et total, juste une lutte entre « influences » respectives des deux bords. Même les lieux Saints n’échappent à la règle. En 1229, Frédéric II et le Sultan du Caire décident de la conservation d’une partie Chrétienne à Jérusalem et d’un libre accès à l’Esplanade des Mosquées aux Musulmans. Si en 1204 Constantinople est assiégé par les Croisés, Montpellier devient en 1380 le port où commercent de nombreux marchands Musulmans en paix et prospérité (était-ce les doubeule U et Fahd de l'époque?). Le seul exemple d’évangélisation forcée venant d’Espagne où ceux-ci sont convertis de force.

Notre quotidien le plus banal n’est pas non-plus exempt de traces toujours vivaces, couramment admises. Par exemple, pour en venir à quelque-chose de bassement assujetti à notre vie de chaque jour, le XIIIème siècle est le temps où les villes prennent leur véritable essor. De ce fait, le nombre de paysans commença à décroître au profit des citadins. L’homme autrefois producteur d’une partie notable de sa nourriture, il se mue alors en acheteur, puisque n’en étant plus le producteur, donc en consommateur. Attentif à la crainte du peuple devenu méfiant de ce qui n’est plus produit de ses mains, un Seigneur (Jean De Lévis, Seigneur de Mirepoix) édicta une Charte du commerce de viande, expliquant en des règles simples les conditions pour qu’elle puisse être commercée et qu’en cas de soupçon, on en interdise la vente jusque preuve contraire. Du soupçon naquit le principe de précaution. Du principe de précaution vint la théorisation de la façon à rendre une nourriture grossièrement préparée donc suspecte, en mets (par la cuisson et le raffinement progressif des plats) et une grande partie de notre influence gastronomique. Même des expressions inconscientes considérées comme indubitablement de notre époque trouvent des racines dans cette partie reculée de l’histoire. Un des plus remarquables et des plus universels pendant est probablement la lutte contre le « mal ». Le pardon, cher à nos sociétés considérant qu’un homme ayant été au bout de sa peine a honoré sa dette envers ses contemporains est transfiguré mais présent. De « j’ai pêché tenté par le malin » est né « j’ai volé car victime de la société ». On marche contre le mal, en processions et pèlerinages, rappelant en cela les grandes manifestations contre le racisme en France ou la préservation de la laïcité en Turquie ou même la guerre partout ailleurs. Dans le Moyen-Age, le Bien est une donnée centrale, une voix inextinguible et le pivot décisionnel, ceci allant du manant au Roi. La condamnation à mort (sauf hérésie) est décidée après maintes tergiversations et pour cela il faut que le coupable ait été déjà condamné à de nombreuses reprises et qu’il ne veuille faire repentance. En y regardant de beaucoup plus près, on maniait bien moins la hache que plus tard la guillotine ou désormais la chaise électrique.

 

De la mystique de la démocratie.

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