02.01.2012
Nouvelle succédanée
La célébration du nouvel an, aussi païenne soit-elle, est toujours suivie de vœux ressemblant à la fête romaine de l’Opalia.
Ainsi souhaite-t-on, si ce n’est la santé, bonheur et profusion. Ce qui revient à vouloir la cécité et le malheur.
Car le bonheur n’apparaît qu’à compter une certaine imperméabilité du cœur aux péripéties du monde. Les gens heureux, même ceux geignant sans cesse de ne pouvoir atteindre une vie dénuée de la moindre forme de perfectibilité, sont aveugles. Obnubilés par le labeur de leur « domaine de compétence », la fébrilité sans cesse renouvelée de leur loisir favori, le fétichisme de leurs passions matérielles et culturelles. Eblouis par le reflet du miroir déformant de « l’individu conscient, libre et averti », à qui on inculquât l’égotisme grotesque du bourgeois pour mieux l’avilir. Ou, attablés au café de la bonne conscience, ils jouissent de la tranquillité d’esprit qu’offre la dissection médisante du passant : l’ennemi, c’est l’autre.
Quant à la profusion, se nourrissant par essence de l’exploitation, elle mène à l’entropie puis à la damnation. L’esthétisation par le prisme trompeur de l’art et les mobiles mensongers de la philosophie, du commerce, de la guerre, puis de la science dévoyée en culte épistémologique, cette volonté ne peut être que l’alarme salutaire à quiconque pourrait croire que le mouvement naturel du monde n’est qu’une fatalité, le marché un « moindre-mal ».
Alors que celui qui peine à souhaiter au monde « tout ce que vous voulez », « de profiter de la vie », « d’écrire sa destinée », et autres conneries existentialistes directement paraphrasées des slogans publicitaires, que celui-là ne souhaite rien si ce n’est que les rêves restent à la nuit.
23:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle année, voeux, corvée des voeux


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