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05/03/2012

Sur la route

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"J'ai vu Dieu dans le ciel, sous la forme d'énormes nuages incohérents, au dessus du désert, qui semblaient me dire : le jour de colère viendra". Jack Kerouac

 

25/02/2012

De la fiotte.

On distingue toujours dans la contradiction l'aune des réalités simples, c'est ce réflexe que devrait adopter tout être souhaitant confondre l'apoplexie intellectuelle qui anime les bretteurs. L'histoire rend justice aux philosophes, l'immédiateté s'occupe du sort des politiques. Ainsi, il y a peu, l'écho partit des basses eaux de la "petite déclaration" que le parti de l'ump, par la voix de Bernard Debré, avait commit la faute professionnelle de prendre l'actuel candidat socialiste pour une « fiotte ».

Il est tout à fait vrai que, dans une société libérale, considérer un notable rondouillard social-démocrate comme quantité négligeable revient à nier l'essence même de la pérennité de ce système, tout en occultant le passé (Thiers, Pompidou). Mais que cette aphorisme soit confié sur le ton de la confidence grimaçante confine au paradoxe personnel.

Etant donné que l'homme moderne se pique d'ontologie (se pique à l'ontologie ?), on pourrait croire que le signifiant reste dans le domaine du populaire, la dénomination de "fiotte" accolée à une attitude par trop efféminée. Mais aucun sémiologue, autrement que sous l'influence d'un cidre brut fraichement débouché, n'envisageant d'associer une quelconque féminité à François Hollande, il faut rapidement convenir que le bourdonnant député désignait un manque de courage. Qu'à cela ne tienne, répliqueront les contradicteurs en grappes, la témérité immédiate étant parfois le présent du repli futur, il eut fallut que le passé soit porteur de sagesse : donc de ne pas céder à la tentation "virile" d'une décision rapide mais à l'emporte-pièce. Balle au centre, sauf pour Têtu, feuillet politico-publicitaire, dont la défense du fromage communautaire permet de gagner sa croute. Si l'un convient que l'autre n'est point "fiotte", qu'est-ce donc, au juste, une fiotte ? Est-on l'obligé du débat de s'en inquiéter ? Bien que la tentation soit grande qu'oblique ce sujet vers le domaine de la digression mondaine ou-et du léger, on oublie que la blague, de nos jours, est le cache-sexe des enjeux de société, la tendance à tout passer à la moulinette de la gaillardise permettant d'en ôter le moindre substrat de sérieux (et de ringardiser recul et question gênante). La fiotte n'est pas, nécessairement, homosexuelle, l'étalonnage de cette expression à la seule préférence sexuelle étant trompeur de par l'histoire, biaisé de par le réel. La Grèce des guerriers Spartiates, la virilité intellectuelle de contemporains illustres assumés (Pasolini) ou honteux (Thomas Mann ), la revendication (certes bourgeoise) du droit au mariage civil des auto-dénommés gays lorsque les hétérosexuels adoptent le déprimant et formaliste PACS... les exemples ne manquent pas. Et à ne pouvoir entrer dans la désignation de genre, on verse vers celle de la caractéristique.

Fiotte, mot féminin, désigne invariablement la féminité, son entrée comme déterminant sociétal renvoie à une dynamique sociale, la féminisation, étudiable par la discipline idoine qu’est la sociologie. On sociologise par l’empirisme (sociologie universitaire) ou par l’observation avisée. La première ne demeurant normative que par la magie de l’interprétation statistique (à qui on fait dire ce que l’on souhaite), la seconde étant hors-cadre par le postulat de parti pris originel qui se vérifie, pourtant, par les faits quotidiens, répétés, généralisés.
Catégoriser la fiotte en généralités est ardu, tant elle est multiple dans ses appartenances, tant elle se meut avec aisance dans un monde qui lui sied à l'instar d'une seconde peau, tant elle s’imprime en nos vies avec l’obstination paisible de la quotidienneté. Est-ce le monde qui s’adapte à sa chétive carrure ou encourage-t-on l’homme à se plier à ses canons… ?
Religion, philosophie, littérature, sociologie, en traitent régulièrement sur le ton du pamphlet. La Bible désigne « l’homme tiède », le Christ abhorre les lâches pharisiens observant la loi tout en foulant du pied son esprit, Kierkegaard discoure de l’homme sans tourments, Bernanos se désole de « l’imbécile », Soral dénonce l’homme dévalué par un féminisme complice de l’argent. Autant de colères contre une fiotte baignant dans les eaux stagnantes du conformisme de l’instant, se vautrant sur les berges de l’amoralité (pour être immoral encore faut-il avoir été moral), suivant le courant de l’inconscience satisfaite, bercée au clapotis de la confortable inconséquence.

Fiotte éternelle de par l’histoire du monde, parfois flamboyante de portée symbolique, désormais surreprésentée et tristement banale :

-De l’intellectuel troupier : ridiculement déphasé, alors que sa dénomination, toute singulière qu’elle soit, sous-entend le parfait contraire.

-De l’expert infaillible : nouveau surhomme catapulté désignateur de vérité immanente, pourvu d’un savoir hors-pair mais dénué de toute conscience critique (lui préférant l’éthique). Promoteur de la science comme finalité, non comme moyen, gardien jaloux des prérogatives enseignées par ses pairs dont il est le vaniteux dépositaire.

-Du gothique misanthrope : partageant sa vision de l'existence entre Nietzsche et Anton Lavey, il relaie une pénible ironie sous la forme d'imagerie monochrome, de musique médiocre, de blasphèmes sociaux adolescents (promotion de la drogue pour les enfants, haine assumée de la masse, esthétique sado-masochiste, pseudos internet nihilistes) dont le faux décalage lui donnerait un premier rôle pour une émission de tévé réalité. "Se veut décadent, n'est que désolant".

- Du jeune branché : parfait relais consumériste, cachant son absence de compréhension du monde par une adhésion soigneuse à la gaudriole chic et par l’intérêt à tout ce qui est « du moment ». En apparence ouvert et sympathique mais doté d’un syndrome d’appartenance tenace rôdé à son rôle futur : vieux bourgeois rapetout.

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Johnny Depp a un petit problème avec le fisc (photo copyright Buena Vista)


-Du pisse-froid : ayant lu quelques auteurs dépressifs connus via wikipédia lorsqu'il s'ennuie le soir, la bibliothèque universitaire lorsqu’il était étudiant, la FNAC lorsqu’il devint salarié. Paumé pouvant confondre, entre deux assertions subtilisées dans Fight Club ou Docteur House, Cioran avec une marque de cirage pour chaussures, il enfouit sa fainéantise intellectuelle, son ennui existentiel, derrière un cynisme de bon aloi. Faux désespéré, parfaitement capable de laisser crever un inconnu pour peu que son petit monticule conceptuel lui donne l’aisance de se regarder dans une glace sans y voir un banal étron concassé.

- De l’arriviste revanchard : niant ses origines par honte ou détestation de la famille, jusqu’à se faire le pire complice de l’axiome libéral du tous contre tous. Cultivant un complexe de supériorité orné d’un antagoniste sentiment d’infériorité, sa recherche de reconnaissance par des êtres tiers le pousse à une personnalité falote et orgueilleuse. Lorsqu’il carbure à l’excellence scolaire, sa candeur de faux surdoué (tandis que le BAC+5 est légion), son attachement notarié aux strictes lois du savoir en vigueur, virent au grotesque.

- De l’intello précaire : nouveau marronnier de rue89, il est celui qui voulait en être trop vite. Sciences Potard, diplômé d’HEC, ou d’Ecole de Journalisme, il se console par la présence de « intello » accolé à « précaire », et en ressassant ses propres errances (témoignant qu’il n’a toujours pas digéré le fait qu’à la guerre on sacrifie également les gradés). Citant sans vergogne les précaires « d’en-bas », sa solidarité ne dure que le temps de ses propres turpitudes après lesquelles ses « frères » de misère matérielle reprendront leur place bien chaude de « populace ». Divertissant malgré lui lorsque, en comité restreint, il s'interroge à voix haute sur son pouvoir d'intimidation d'autrui, par le biais de son immense jugeotte.

- De l’intello-cadre : frère jumeau de l’intello précaire, il réussit par le truchement des opportunités d’un jour. Cultivé mais parfaitement idiot, il ne peut comprendre que les critères de son succès sont assujettis non pas à son intelligence, mais à sa perméabilité à l’idéologie dominante. Jongleur sur le modèle de « l’Opportuniste » de Jacques Dutronc, il est un gestionnaire rigoureux et avisé de son plan de carrière.

- Du grégaire : alternativement communiste et libéral, il est avant tout obsédé par son petit intérêt. Consumériste et consommateur compulsif, la soustraction à son petit bénéfice de la moindre des prérogatives, dont la société est légalement redevable, lui est parfaitement intolérable. Schizophrène honteux cachant son double langage, au service d’un seul mobile, derrière les grands slogans du moment, il se rêve le cauchemar des politiques de par la loi du nombre, tandis qu’il est au contraire leur meilleur allié de par son humeur malléable.

- Du petit méprisant : presque sous-catégorie de la fiotte précédente, troufion de base du projet libéral du « tous contre tous », il est la fiotte ordinaire. Présent dans toutes les couches de la population, il conserve un mépris souverain pour la classe sociale située en deçà, un dédain envieux pour celle du dessus. De son anxiété d’être ainsi réduit à l’état de garniture acide pour sandwich industriel, il développe une misanthropie secrète doublé d’un égoïsme à toute épreuve. Exécutant ravi et zélé des basses besognes, incapable de la moindre témérité, il se réalise dans l’anonymat délétère ou-et le légalisme de l’environnement du travail. Spécialiste du tir à bout-portant sur carcasse d’ambulance.

- Du pseudo-puriste de l’objet : à mi-chemin entre le rejeton revanchard et l’expert, il considère inculte la sphère extérieure à sa capacité d’attention. Bougon, il prend grand soin de faire l’énumération des incompréhensions de son entourage proche ou lointain (qu’il désigne par le sobriquet hautain de « gens ») quant à sa passion. Client préféré du commerçant malin, ce faux esthète (vrai fétichiste) cède à tous les appels du désir marchand.

- Du faux mâle : se reconnaissant inconsciemment en la fiotte, il suit des postures faussement masculinistes pour y palier en n’arrivant qu’à convaincre sa moitié. Confondant, au choix ou par accumulation : l’esthétique et l’essence ; le mépris avec l’autorité ; la bravade avec le courage ; l’arrogance avec le charisme. Célèbre, il finit homme objet, assumant timidement son statut pour transformer cette ambivalente lucidité en valeur ajoutée publicitaire.


(photo copyright Flickr)
 

- Du faux dur : n'aspirant qu'à une puissance pure dénuée de toute noblesse, il singe la virilité par un comportement de voyou véhément et vindicatif. Baudruche, il n'affronte qu'en état d'ascendance nette, situation en dehors de laquelle il se mue en admirateur élégiaque d'un plus salop que lui.

- Du faux rebelle : fiotte insupportable se retrouvant dans tous les courants sociaux, il fut raillé par les excellents Inconnus sous le patronyme de Florent Brunel. Ses mules ne portent stigmate des nombreuses portes ouvertes qu’il enfonce à grand renfort de publicité. Pleutre, moutonnier, vaguement mégalomane, son militantisme n’a d’existence valable que dans le regard d’autrui (par lequel il se persuade d’être un chic type). Pathétique sans moyens de coercition à sa disposition, toute sa portée nuisible se réalise lorsqu’il en est pourvu.

- Du dilettante du bulbe : gobeur insatiable des propagandes, cet exégète des articles de presse possède la double capacité d'être converti à moindres frais et d'évangéliser autrui par la paraphrase vibrante de ce qu'il a lu. Véritable appeau à mensonges, on pourrait croire la fiole d’anthrax de Colin Powell spécialement conçue pour le convaincre. Prolixe lorsqu'un inconscient commet l'erreur de le questionner, on l'écoute poliment sans oser l'interrompre, afin que son exposé se tarisse, faute de contradicteurs. Dangereux, car souvent de bonne foi.

De pareil inventaire se détache un questionnement : celui de l’exception ou de la généralité. La fiotte, longtemps isolée, devint agrégat de personnalités diffuses se complétant entre-elles, acteurs involontaires du théatrum mundi. Ainsi un être peut avoir une, plusieurs ou toutes ces catégories comme déterminants. Si le dénominateur commun de la fiotte est la soumission consciente ou inconsciente à une dévirilisation généralisée, c’est encore le libre-arbitre couplé à l’histoire et la vertu (au sens aristotélicien) qui forment le meilleur rempart. La fragilisation de la morale chrétienne, le dévoiement de la raison hellénique, la disparition de la décence commune Orwellienne, tout donne crédit à ce que la fiotte s'offre le luxe de s'abstenir de relais pour s'imposer parmi les caractères... puisque devenue norme.

02/01/2012

Nouvelle succédanée

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photo copyright : Xiannet


La célébration du nouvel an, aussi païenne soit-elle, est toujours suivie de vœux ressemblant à la fête romaine de l’Opalia.

Ainsi souhaite-t-on, si ce n’est la santé, bonheur et profusion. Ce qui revient à vouloir la cécité et le malheur.

Car le bonheur n’apparaît qu’à compter une certaine imperméabilité du cœur aux péripéties du monde. Les gens heureux, même ceux geignant sans cesse de ne pouvoir atteindre une vie dénuée de la moindre forme de perfectibilité, sont aveugles. Obnubilés par le labeur de leur « domaine de compétence », la fébrilité sans cesse renouvelée de leur loisir favori, le fétichisme de leurs passions matérielles et culturelles. Eblouis par le reflet du miroir déformant de « l’individu conscient, libre et averti », à qui on inculquât l’égotisme grotesque du bourgeois pour mieux l’avilir. Ou, attablés au café de la bonne conscience, ils jouissent de la tranquillité d’esprit qu’offre la dissection médisante du passant : l’ennemi, c’est l’autre.

Quant à la profusion, se nourrissant par essence de l’exploitation, elle mène à l’entropie puis à la damnation. L’esthétisation par le prisme trompeur de l’art et les mobiles mensongers de la philosophie, du commerce, de la guerre, puis de la science dévoyée en culte épistémologique, cette volonté ne peut être que l’alarme salutaire à quiconque pourrait croire que le mouvement naturel du monde n’est qu’une fatalité, le marché un « moindre-mal ».

Alors que celui qui peine à souhaiter au monde « tout ce que vous voulez », « de profiter de la vie », « d’écrire sa destinée », et autres conneries existentialistes directement paraphrasées des slogans publicitaires, que celui-là ne souhaite rien si ce n’est que les rêves restent à la nuit.