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07/11/2010

Histoire sans paroles

 

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27/05/2010

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Dans le hall calme de mon hôtel ronronnant, le foot tourne sur le grand écran accroché au mur. Quelques clients regardent sans passion ni altermoiement. La vue de la jolie réceptionniste m'incite à boire un café au bar. O-combien rares ces employés, affables sans tomber dans la politesse commerciale dégoulinante et exagérément prévenante.

Deux inconnus discutaillent, une bière à la main :

-Si on pouvait gagner, ça mettrait un peu de baume au coeur du pays.

-Ouais, ben si les gouvernements pouvaient arrêter de toujours se servir chez les mêmes lorsque y a plus de sous, ça en mettrait aussi, du baume au coeur.

-Vous êtes bien rabat-joie (rire), lorsque l'équipe de France gagne, c'est aussi le pays qui gagne.

-Le pays ? Oui, le pays des politiques qui découvrent leur passion pour le foot, les vendeurs de maillots et de télés, les footeux milliardaires. Les représentants les plus connus du pays sont des analphabètes.

-Voila la marseillaise, je me demande si on va la siffler.

-Je sais pas ce qui est plus con. La siffler ou se mettre au garde à vous pendant que l'on baisse son froc ailleurs.

Il est donc rassurant de constater que le sport en général et le foot en particulier, ne fassent plus illusion (à défaut de faire toujours recette) au moment où il s'agit de sortir la carte du nationalisme marchand. Las des poitrails bombés, on s'en retourne vers le domaine des experts, de la « raison », et du pondéré. « Lorsque les politiques se mêlent d'histoire, ça finit toujours mal ». Entendu l'autre jour dans la bouche de Pascal Blanchard, la formule suppose que l'historien, transcripteur et conteur de la réalité historique, soit dépositaire de la Vérité. Comprendre par là : au contraire des politiques, propagandistes, cherchant la conclusion historique par la lorgnette du détail décontextualisé. Car, apprenez-le, l'expert est hors-zone, hors-cadre, hors-jugement, inhumain trop humain, se nourrissant à l'ontologie lyophilisée. L'expert, catapulté œil du divin et Dieu en même temps, par la grâce des athées pratiquants.

14/05/2010

Bien mal-pensance

La mal-pensance est à la mode. Si vous n'êtes mal-pensant aujourd'hui, vous n'êtes rien, quantité négligeable ou pire : un bien-pensant. La mal-pensance n'est pas un épiphénomène ou une fulgurance née d'une époque insupportable ; elle est conséquence de la mécanique horlogère, une alternance de l'histoire, une mode. Et les modes sont un perpétuel recommencement.

Dans les sociétés atomisées où la parole n'a d'autre destinée que se perdre contre le mur ravagé d'une cour de prison, la mal-pensance rêvée ou chuchotée éclaire les vies d'un jour illusoirement meilleur. Dans les démocraties où il est permis d'à peu près tout dire mais en ne faisant ne serait-ce qu'un centième, la mal-pensance est l'enfant ingrat et sentencieux de la génération précédente, oubliant par la même que toute progéniture possède les traits des parents. La mal-pensance comme dogme, de la même manière que des généraux couchent sur papier leurs théories quant à l'art de la guerre, songeant que cela sera un strapontin pour l'Histoire. De guerre il est désormais sujet dans nos sociétés. Les pouvoirs comprirent très vite de l'usage adéquat de la mal-pensance et du franc-parler si cher aux politiciens et en offrirent à qui le réclamait. Hier on appelait aux armes, aujourd'hui c'est les gémonies du temps qu'on invoque. La mal-pensance est prescrite, vendue, offerte, complaisamment dénoncée aussi, pour donner le change. Elle a une utilité sociale autant que politique, servant de démarcation sociétale et de stratification de la population. Pour pacifier, il faut offrir des gages, or cette dernière devient de plus en plus exigeante, éducation oblige. Dans la besogne et l'humilité, pour invoquer le peuple, il fallait éveiller des mamelles universellement reconnues, qu'elles soient vertueuses ou pas. Dans l'individualisme moderne, pour faire bouger une masse où non-seulement le BAC+5 est légion mais où l'obtention du moindre emploi nécessite d'en être titulaire, les leviers pour intéresser une nation de techniciens se croyant instruits sont plus subtils, tout en faisant appel aux bas instincts.

Historiquement, le mal-pensant, en tant que commis à la petite semaine des pouvoirs, naquit dans les années 70, où il fallait bien trouver des relais médiatiques compréhensibles et désirables d'un point de vue intellectuel ( faire « kultur » sans avoir l'air d'y toucher tout en flattant le spectateur pour lui faire comprendre qu'il pige vos références). Comme dans n'importe quel business, les dealers (d'opinion) étaient suffisamment fripouilles pour savoir d'eux-mêmes ce qu'il était bon de dénoncer et jusqu'où aller.

 

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Réunion syndicale de la mal-pensance du service public

Dans les années 80 et 90, le besoin se déplaça dans la consolidation de l'establishment mais les années 2000 allaient changer la donne. Un mouvement de refus d'abord balbutiant puis prenant de l'ampleur (l'élection faisant le larron), secouait le monde des analystes, politologues, sondeurs, sociologues, philosophes-troupiers : la France répondait par la négative au référendum européen. Catastrophe générale. Les états-majors, mandarins, thinks-thanks, intellectuels, polémistes sont sollicités comme autrefois on interrogeait l'oracle. La réponse ne se fit pas attendre : à force de scander démocratie, le peuple avait fini par prendre l'imprécation au mot. On essaya bien de lancer les forces vives du libéralisme dans la bataille pour expliquer aux français le danger de rater le coche mondialiste, qu'ils étaient un pays d'indécrottables feignasses assistées, pêchaient par humanisme et que le monde entier se gaussait d'eux. Le fiasco irakien, la débandade boursière, et surtout l'incompréhension face aux arguments grotesques avancés renvoya les conservateurs psalmodier Adam Smith dans leurs madrassas respectives, et les libertaires pratiquer l'onanisme sadien. Il fallait donc ressortir les bateleurs d'estrade. Mis en avant comme une tête de gondole, pas grand monde ne semble avoir d'urticaire de ces poils à gratter. Et, curieusement, personne ne pose les questions qui fâchent :

  • Comment Eric Zemmour peut-il à la fois être hérau du politiquement très-très incorrect et piger au Figaro et RTL ?

  • Alain Finkielkraut, a t-il le droit, sans rire, de proclamer que la presse française est anti-israélienne tout en ayant des tribunes dans le Monde, le Nouvel Obs, Libé, France Cul ?

  • Est-il possible de se dire sérieusement rebelle tout en faisant partie des meubles de Canal Plus, la chaîne enseignant aux employés et cadres de France ce qu'est la branchouillitude ?

  • Etre mal-pensant est-ce « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas » ou plutôt de dire tout haut ce que personne ne veut entendre ?

  • Qui Stéphane Guillon dérange t'il à part l'égo de quelques grands susceptibles ?

  • Le fameux « esprit Canal », n'était-ce pas la dénomination marketing d'une société de cour de récréation dont les pauvres, les beaufs et les syndicalistes seraient les boucs-émissaires ?

  • Coluche et Desproges n'en étaient-ils pas des précurseurs, les Robins des Bois ayant troqué la mélancolique bonhommie de ces deux dealers d'opinions pour des gueules de cadres dépressifs ?

  • Par quel miracle est-on passé, en l'espace d'une grosse décennie, du discours gauchiste hystéro-assimilationiste aux éructations racistes ? A un point tel que historiques sortent du bois la mine ahurie, pensant naïvement qu'on a enfin réalisé le bien-fondé de leurs thèses, alors que tout était pensé dès la genèse de l'enculade mondialiste.

Pour reconnaître un mal-pensant catégorisé comme tel par le simple fruit de la volonté d'autrui et celui se complaisant à l'être pour obéir au prestige de l'habit du justicier, il suffit bien souvent d'observer son exposition médiatique. Pour distinguer celui épris de vérité à celui souhaitant juste se distinguer des conformismes de son époque, donnez-lui en pâture une victime expiatoire et constatez s'il l'épargnera ou la foulera au pied. Pour débusquer le complice ou l'idiot utile, voyez les émoluments perçus pour faits de « mal-pensance ».

Le mal-pensant sut immédiatement se montrer indispensable dans la fonction de soupape d'opinion. Comprenez que si le mal-pensant a une tribune médiatique, c'est que l'on donne croire à ceux partageant ses opinions qu'ils sont entendus et relayés. Lorsque l'opportunité répétée est transformée en permanence hebdomadaire télédiffusée, que les mal-pensants deviennent de l'aveu même de Stéphane Guillon « intouchables », c'est un nouveau notabilat médiatique. Et la gloire, les paillettes, l'oeil reconnaissant du badaud mordant à toutes les modes de la pensée, créent une vocation revendiquée commes plus première que les autres. Dans toute nouvelle omniprésence, se cache la patte d'un système, quel qu'il soit.